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Le deuil d’un amour

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Quand j’exerce la médiation familiale je rencontre beaucoup de couples qui se séparent ou se sont séparés et doivent prendre des décisions concernant leurs enfants. Je vois à quel point la rupture a créé une écorchure lointaine, une blessure intérieure, un abcès caché ou une plaie béante, c’est selon.
Je me demande parfois quel cataclysme a rasé à ce point la relation entre parents, quelle tornade a pu araser l’ancienne forêt pour en faire un désert sans ressources et… désolément désert.

Cela produit alors une grande difficulté à construire des accords de médiation qui pourraient paraître simples, comme ça, vu de l’extérieur, sans affect et sans émotions. Comme si tout était cloisonné, comme s’ils pouvaient n’utiliser que leur matière grise pour se fixer des objectifs, trouver des solutions, mettre en place une stratégie qui vienne d’en haut, du cerveau souvent appelé « supérieur », celui qui pense à la place des autres, qui pense beaucoup même, qui ne fait plus que cela, qui émet des hypothèses sur l’autre, qui colle des étiquettes.
L’autre ne peut être alors que dérangé-e, fragile, pingre, manipulateur-trice……il ou elle n’est plus que l’ennemi-e à abattre, s’il ou elle ne pense pas comme nous.
C’est également celui ou celle qui compte dans la colonne des débits, tous les éléments négatifs de la relation et de la personne avec laquelle il ou elle a passé autant de temps.

A ce moment il y a une petite voix intérieure qui serine : pourquoi l’ai-je choisi-e qu’est ce qui m’a poussé à aller vers lui, vers elle ? Qu’est ce qui m’a fait rester aussi longtemps avec lui, elle ? Comment se fait-il que je n’aie rien vu ? Comment ai-je pu lui accorder ma confiance ?

Cette petite voie, je l’appelle la saboteuse : elle ne voit le monde qu’en noir et blanc. Elle dit qu’on est gentil ou méchant. Elle dit également qu’il faut être parfait. Dans son monde, on est avec ou on est contre elle. Elle a raison et il ou elle a tort.
Parce qu’elle sait très bien qu’il vaut mieux rester à la surface, dans le cerveau « supérieur », c’est plus confortable, tout y est prévisible, gérable, propre, rangé, neutre et bien gentil.
Parce que sinon elle sait très bien que l’ennemi à abattre, c’est elle.
Parce qu’elle sait très bien que si elle se trompe, si elle sent en elle une quelconque fragilité, un doute, une faille, il y a une colère intérieure qui rugit contre l’autre en se disant que c’est elle le problème.
Alors là, toute son énergie va se consacrer à taire le flot du cerveau dit « inférieur », le rugissement intérieur qui pousse à la porte de la bienséance; ou alors, elle va le faire sortir par doses homéopathiques, comme un petit pompier qui vient éteindre l’incendie qui la dévore. Elle trouvera la stratégie plus ou moins visible ou consciente mais « il faut bien tenir ».
Il faut bien tenir, sinon les émotions feraient trop souffrir, la ferait trop fragile.
Comme un volcan, elles la déborderaient, elles emmèneraient tout le monde avec elle. Sous la surface, il y a trop de choses imprévisibles dont le cerveau « supérieur » se méfie.

Pourtant, toutes nos ressources sont ici, sous le sol.
Ce qui fait volcan, c’est de rester dans la croyance que l’autre est responsable de nos problèmes : ainsi nous n’avons plus accès à notre propre responsabilité et devenons alors une belle victime souffrant sous la croix que « les autres » nous ont fait porter.
Ce qui fait volcan, c’est de croire également que nous devrions tout prévoir, tout comprendre de ce qui doit être fait et devenons un beau juge moralisateur pour nous même et pour les autres.
Ce qui fait volcan, c’est de fermer la porte à nos émotions, aux souvenirs, à ce à quoi on a cru, à ce qu’on a construit, au moteur, à l’énergie.
Ce qui fait volcan, c’est de ne pas prendre soin de la personne que nous avons été, que nous sommes devenue.

Ce qui ferait énergie serait de regarder tout ce qui, en présence de l’autre a permis de devenir ce que nous sommes, qu’il ou elle en a été le révélateur. D’apercevoir un peu de crédit dans la colonne de nos bilans. De voir le résultat avant de régler nos comptes.
D’examiner de plus près ce qu’il en reste de résultats positifs, de capital ressource, de marge de développement.

Voir aussi ce qui n’a plus produit d’énergie à un moment de notre histoire, ce qui a mis un terme à la relation, comme une petite mort, lente et précise.
Regarder comment le cycle s’est arrêté de tourner , ce qui n’a plus fait entraînement. Ce que nous avions à apprendre de cette relation, ce que nous y avons cherché, ce que nous y avons trouvé, ou pas.
C’est peut-être ça, faire le deuil d’un amour, d’une amitié, d’une relation : après le déni, la colère, le regret…. retrouver le calme, le sens de cette relation.
Et regarder le chemin parcouru, tout ce que nous avons appris grâce à la rencontre.
Démêler l’écheveau, en sortant les unes après les autres les perles qui s’y étaient incrustées.
Cela demande de la patience et du courage comme savent le faire le cycle des saisons, un temps pour tout et tout pour deux temps : celui de vivre et celui d’apprendre.
Et derrière chaque nœud une perle est cachée et nous aide à reconstruire le collier précieux qu’est notre vie.
C’est le meilleur cadeau que nous pouvons nous faire pour construire un nouveau chemin et se perdre moins vite.
Anne Vuichard Romé

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