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Nos vies en parallèle

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Quand nous rencontrons une personne, nous sommes plus ou moins attirés, on ne sait pas toujours ni par quoi, ni comment, ni pourquoi.
Parfois, il y a un phénomène d’attraction qui fait qu’à ce moment là, on a envie d’en savoir davantage, de découvrir ce qui se cache sous l’apparence de quelqu’un. Selon notre personnalité, le contexte, nos besoins et leurs réciprocités… la relation prend forme. Nous n’avons pas conscience alors que nous projetons sur l’autre un idéal que notre imaginaire se construit en fonction de notre histoire, de nos représentations; il vient mettre en lumière une facette de notre personnalité.

La difficulté ne vient pas quand on tombe « en amour » ou en amitié; à ce moment tous les projets, les rêves et les espoirs que l’on fabrique à deux ou à plusieurs nous animent d’une force indestructible: nous sommes des êtres de relation et quand nos relations sont en bonne santé, nous ré-enchantons le monde, nous le colorions avec les couleurs du printemps, du renouveau, de la vie qui coule en nous.

Bien sûr, au fil du temps, il arrive que nous ne soyons pas d’accord, ou pas vraiment dans le même état d’esprit. Nous pouvons également traverser des épreuves, des deuils, des passages délicats. Nos apprentissages viennent alors de ce que nous faisons de nos vulnérabilités, de nos façons d’interpréter les évènements, de les ressentir, de les traverser en respectant nos besoins mutuels pour nous soutenir l’un et l’autre.

La difficulté vient quand, sans en avoir conscience, nous cherchons en l’autre un moyen de combler nos manques, de guérir nos blessures. Alors, dès le premier malentendu, la première divergence, l’autre devient la meilleure cible car il est miroir de nos conflits intérieurs, de nos blessures intimes…et ainsi le conflit intérieur se reproduit à l’extérieur.
Mais comme souvent, le conflit fait peur, comme il vient mettre du désordre dans nos projets, dans notre sécurité, nous ne disons rien, nous nous contentons de « mettre le mouchoir par-dessus » et de faire comme s’il n’y avait rien.
La relation devient alors une vie en parallèle, droite, propre, prévisible, socialement correcte.

Nous nous croisons, nous passons des moments ensemble mais sommes-nous à l’écoute de l’autre, de ce qui le traverse, de ce qu’il vit, de ce qu’il ressent? Et l’autre veut-il bien nous donner, nous dire ce qui le traverse, ce qu’il vit, ce qu’il ressent?
Et nous, sommes-nous à notre écoute, à l’écoute de ce que nous traversons, de ce que nous vivons, de ce que nous ressentons? Prenons-nous soin de nous?
Avons-nous conscience de ce qui vient mettre du sable dans nos engrenages, quand nous n’écoutons pas ce qui se vit dans notre monde intérieur?

Nous avons tellement appris à réprimer nos émotions, à projeter sur l’autre nos malaises intérieurs par peur qu’ils ne nous débordent, par peur de déplaire, d’avoir honte, de ne pas être comme les autres, comme ceux « qui réussissent », sont brillant, exemplaires…
Et si nous acceptions l’idée que la vie, comme la mer, comme la vague, avec son énergie, sa puissance, nous avait également offert des coquillages, des galets, des grains de sable? Et si ces grains de sable nous offraient la possibilité de vivre pleinement nos différences, de nous brasser, de nous bousculer?

Parce que si nous passons à côté de ces grains de sable, alors nous nous privons d’entrer en relation, nous restons à la porte d’un univers riche et abondant.
Que faisons-nous de nos vulnérabilités, de nos façons d’interpréter les évènements, de les ressentir, de les traverser en respectant nos besoins mutuels pour nous soutenir l’un et l’autre?

Parce que, comme dit Jacques Salomé « Ce n’est pas l’amour, aussi merveilleux soit-il, qui permet à deux êtres de s’aimer durablement. C’est la qualité de la relation, la richesse des échanges et la vitalité des partages qui nourriront leur relation et la maintiendront vivante. »
Si la relation n’arrive pas à se nourrir de vitalité, de brassage, elle devient déconnectée de sa substantifique moelle, elle est fade et sans relief.

Nous cheminons en parallèle en éloignant nos niveaux de progression; comme des randonneurs qui auraient souhaité atteindre un sommet ensemble, nous en sommes réduits à découvrir les paysages séparément ; nous éloignons progressivement nos trajectoires à tel point qu’il nous devient impossible de nous entendre.

Alors, peut-être est-ce aussi bien ainsi. Notre rencontre aura été passagère mais elle aura participé à apporter une couleur à un moment précis de notre histoire, elle aura chuchoté une musique particulière à nos oreilles, elle nous aura permis de découvrir certaines facettes de notre personnalité et c’est déjà une source de progression. Elle aura été une « relation projecteur », elle aura mis la lumière sur une partie de nous qui avait peut-être été tenue dans l’ombre, dans les coulisses. Nous sommes des êtres de relation et chaque rencontre est un formidable détecteur de particules; elle nous révèle ce que nous ne souhaitons pas toujours dévoiler de notre monde intérieur.
Anne Vuichard Romé

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